Trois jours chez les H’mong de Sapa

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Étudier à Taïwan permet à la fois d’expérimenter la vie à l’étranger, mais également de multiplier les voyages aux quatre coins de l’Asie. L’un d’eux m’a emmenée jusqu’à Sapa, à 350 km au nord de Hanoï (Vietnam), où j’ai eu la chance de pouvoir passer quelques jours au sein d’une famille traditionnelle H’mong. Récit.

Sapa se trouve à 350km au Nord de Hanoi, la capitale du Vietnam Crédit : Google Map

Sapa, janvier 2017. Après quelques jours passés à Hanoï, Kelly (une amie taïwanaise) et moi avons décidé de nous rendre dans cette ancienne station climatique située au nord de la capitale. Nous avons roulé toute la nuit en « bus couchette », pour arriver à destination autour de 4h du matin. Cléments, les chauffeurs nous ont laissés dormir jusque 6h30. 

À notre réveil, nous découvrons un nouveau paysage : des montagnes à perte de vue, enveloppées dans un brouillard mystérieux (et humide). À la sortie du bus, nous sommes accueillies par une dizaine de « Mammas »  souriantes, qui invitent les passagers à passer quelques jours dans leurs maisons. Toutes resplendissent, dans leurs vêtements et leurs bandanas bariolés, malgré le fait qu’elles se soient probablement levées vers 3h du matin afin d’arriver à l’heure.

4 heures de marche à travers le brouillard pour parvenir au village, mais quelle vue ! (Crédit : Marie Genries)

Nous avons prévenu « Mamma Sheum » de notre arrivée le jour précédent, grâce à des amis qui nous avaient donné son numéro de téléphone. Nous la retrouvons vite : c’est une petite femme, haute comme trois pommes, au sourire généreux et à la soixantaine bien tassée. Après les présentations, nous nous mettons en route. C’est parti pour 4 heures de marche dans la montagne où il a plu la veille. Et pourtant, malgré la boue et la fatigue, le voyage passe à toute vitesse. D’abord, parce que notre hôtesse est impressionnante de vigueur : malgré son âge, elle parcourt à grand pas le chemin sans faillir, un panier sur le dos et le sourire collé aux lèvres. Ensuite, parce que les paysages sont splendides : au fur et à mesure de la montée, nous découvrons les vallées verdoyantes, recouvertes de rizières. Nous croisons également toute la faune locale, des chiens errants aux cochons domestiques en passant par des poules qui traversent la route, suivies par une horde de poussins caquetants à qui mieux mieux.

Malgré la longue route pour arriver au village, nos guides ne quittent pas leur sourire. (Crédit : Marie Genries)

Après une courte pause déjeuner, nous arrivons finalement dans le village de Mamma Sheum. Colonisée au début du XIXème siècle par les Français, Sapa est aujourd’hui habitée par plusieurs minorités ethniques qui y vivent de manière traditionnelle. Peu possèdent internet ou la télévision. Pour atteindre le village le plus proche, il faut marcher plusieurs heures, ou prendre le scooter. La plupart des habitants de Sapa font partie de l’ethnie H’mong, émigrée de Chine.

Tout de suite, nous nous sentons à l’aise dans notre nouvelle famille. La maison est sommaire, n’a qu’un sol en béton et une seule petite mezzanine où se trouvent nos lits, qui vont s’avérer être particulièrement confortables. Nous avons la chance de nous trouver dans la seule maison du village qui comporte une vraie « salle de douche », froide et située à l’extérieur certes, mais toujours mieux qu’un seau d’eau. Mamma Sheum vit ici avec son mari, sa fille et ses nombreux petits-enfants, tous adorables et très accueillants. Nous resterons en leur compagnie pendant trois jours, avec deux Néo-Zélandaises et un Canadien. Il y a aussi un Français, qui est là depuis maintenant plusieurs mois et complètement intégré à la vie du village. Ce qui nous étonne, c’est que les H’mong vivent au Vietnam mais la plupart ne parlent pas un mot de vietnamien : seuls ceux qui ont la chance d’être allés à l’école le pratiquent un peu. On a l’impression d’être dans un autre pays.

Le village de Mamma Sheum. (Crédit : Marie Genries)

Les enfants H’mong se promènent partout pieds nus. (Crédit : Marie Genries)

Nos journées sont rythmées par les leurs : réveil (très) tôt, coucher avant minuit. Chose surprenante, on nous sert un petit-déjeuner fait de café et de pancakes. Les repas du midi et du soir sont plus typiques : du riz, de la viande, des légumes et des nems. Toute la nourriture est cultivée dans les champs qui se trouvent en face de la maison. La journée, nous profitons de notre temps libre pour admirer l’incroyable vue qui s’offre à nous et nous promener entre les quelques maisons du village. Un jour, Mamma Sheum nous emmène en randonnée à travers les rivières et les montagnes de Sapa. Elle parle bien anglais, s’intéresse à nous et nous pose de nombreuses questions sur l’Europe et Taïwan.

Malgré le brouillard persistant, fréquent à cette altitude, les paysages restent magnifiques. (Crédit : Marie Genries)

Nous sommes fin janvier. C’est donc le moment de Têt, le nouvel an vietnamien, la fête la plus importante de l’année. Tous nos hôtes sont donc très occupés par les préparatifs : il faut cuisiner les repas, accrocher les décorations, organiser la fête du village… Le deuxième matin, nous sommes réveillées en sursaut par le doux bruit d’un cochon qui se fait égorger devant la maison. Pendant trois jours, il nous a fallu mettre de côté nos répulsions d’européennes habitués à un confort douillet. Ainsi le lendemain, ce sont un coq et un canard qui se font égorger et vider de leur sang devant nos yeux (évidemment, dans notre grand courage, nous nous sommes cachées derrière la porte de la maison et ne jetons que des coup d’oeil rapides dans la cuisine).

Les préparations de Têt sont prises très au sérieux. Cette photo est prise dans la cuisine de notre maison. (Crédit : Marie Genries)

Le riz servira à confectionner des gâteaux de riz gluant, mets traditionnel de Têt au Vietnam. (Crédit : Marie Genries)

Le soir, toute la famille prend tout de même le temps de se réunir dans la pièce principale pour le dîner, qui commence aux alentours de 18h30. C’est le moment le plus important de la journée, celui où on se détend un peu. En même temps que les plats, sont servis des shots d’ «Happy Water », nom donné à l’alcool de riz très répandu au Vietnam. Très répandu, mais aussi extrêmement fort. Et pas moyen de refuser. Cela serait considéré comme impoli. Il faut donc suivre le rythme des verres qui se remplissent au fur et à mesure qu’ils se vident. « Zhun Ka ! » (santé, en langage H’mong).

La fin du dîner se passe donc dans une ambiance plutôt joyeuse, Mamma Sheum enchaînant les blagues, entrecoupées de « drink Happy Water ! » à notre intention. On nous glisse à l’oreille que c’est l’une des seules femmes du village à boire (sa fille en effet, ne touche pas à l’alcool) et nous sommes de plus en plus impressionnées par sa vivacité et son énergie, malgré le fait qu’elle atteigne bientôt 70 ans.  L’ Happy Water serait-elle le secret de la jeunesse éternelle ?


La fin du repas ne signifie pas la fin des réjouissances : voilà que Mamma Sheum s’en va quérir une sorte de long tube de bambou, au bout duquel elle place et allume quelques herbes
. Les H’mong fument en effet du cannabis qu’ils cultivent eux-mêmes. Ils l’utilisent également à d’autres fins, comme la confection de vêtement. Ça a l’air plutôt fort, vu la tête de ceux qui se passent le bambou. À 22h30, tout le monde se met au lit, le cerveau embrouillé mais heureux.

Mamma Sheum est l’une des seules femmes du village à fumer. (Crédit : Marie Genries)

Du fait de l’approche de la fête du Têt, l’ambiance est tous les jours à la fête. Lorsqu’on nous propose à nouveau de la «Happy Water », le lendemain midi, difficile de refuser malgré le mal de tête cuisant. Heureusement, le thé fait passer le goût.

On se sent bien dans ce village, coupées du monde, au milieu des animaux et des champs. Nous croisons parfois d’autres Occidentaux, mais n’avons pas l’impression de nous trouver dans un « piège à touristes ». Les H’mong sont un peuple adorable, qui partagent sans hésiter leur culture en échange de très peu, à peine une dizaine d’euros pour quelques jours.

Pressées par le temps, nous n’avons malheureusement pas pu rester pour les festivités du Têt, qui se tiennent le soir du jour où nous partons. Un pincement au cœur, nous quittons notre famille et avons tout de même le droit à une descente de la montagne en scooter, pendant laquelle nous pouvons admirer une dernière fois le paysage et finir notre séjour en beauté. De retour à Hanoï, Kelly et moi n’oublierons pas cette expérience.

Cet enfant joue avec une véritable machette, pourtant personne ne paraît s’en inquiéter. (Crédit : Marie Genries)

Découverte des plantations de Sapa avec Mamma Sheum

Découverte des plantations avec Mamma Sheum. (Crédit : Marie Genries)


Quelques mots en  H’mong pour impressionner vos hôtes * :

* Cu Cha Chao : j’ai très faim

* Zhun Ka : santé

* Ochao : merci

* Gou Mochou : j’ai terminé (mon repas) dans le sens « je n’ai plus faim »

* Ka Dimochou : tu n’as pas terminé

 * Gu nia kao : je t’aime bien

 

* (écris comme on les entend, je ne suis pas certaine de l’orthographe)


 

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