Taiwan au ban des organisations internationales

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Alors que l’Universiade d’été se tenait à Taipei du 19 au 30 août derniers, le gouvernement taïwanais s’est vu refuser l’accès à certaines données d’Interpol. 

 

12 jours, 153 pays, 3000 officiels, 8000 athlètes, 700 000 billets vendus et des compétitions retransmises sur plus de 100 chaînes de télévision mondiales. Taipei accueillait cette année l’Universiade d’été 2017, la plus grande compétition multisports d’été après les Jeux Olympiques. Une façon pour le pays de se rappeler une nouvelle fois aux yeux de la communauté internationale.

 

Un événement attendu
Cet événement était impatiemment attendu à Taiwan, dont les rues se sont couvertes d’affiches plusieurs mois avant le jour J. Afin d’assurer le bon déroulement des jeux et leur sécurité, le gouvernement a mis en place un centre de commandement dans le but de faciliter les coordinations entre Etat central et collectivités locales. Plusieurs exercices antiterroristes ont été effectués au cours des mois précédents. La sécurité de la cérémonie de clôture a même été renforcée après des incidents provoqués par des manifestants mécontents du plan de réforme de retraite le jour même de l’ouverture de l’Universiade.

Le stade de Taipei qui a accueilli les compétitions sportives. ©taiwaninfo.nat.gov. tw

Le stade de Taipei qui a accueilli les compétitions sportives. ©taiwaninfo.nat.gov. tw

Tout semblait donc fait pour qu’aucun incident majeur ne vienne perturber les 10 jours de compétitions sportives. Sauf qu’un petit événement, en apparence mineur, a plombé un peu les préparations en amont. Le gouvernement taïwanais s’est en effet vu refuser l’accès au système mondial de communication policière d’Interpol, I-24/7, qui permet aux pays membres d’accéder à des bases de données criminelles contenant passeports et véhicules volés, personnes recherchées, empreintes digitales… Cet outil est indispensable pour les pays qui accueillent de grandes manifestations, puisqu’il permet notamment un contrôle plus efficace aux frontières. Mais Taiwan ne fait pas partie d’Interpol, et n’a donc pas été autorisé à récupérer ces informations. À Lyon (le siège d’Interpol), on a conseillé au gouvernement de s’adresser directement à Pékin… C’est-à-dire à la plus grande menace pour la sécurité de l’île et le responsable de son éviction de l’organisation.

 

Un rejet de longue date

 

En 2016, Interpol a rejeté la demande des autorités taïwanaises de participer à nouveaux aux assemblées en tant qu’observateur.

 

Ici, un petit rappel historique s’impose : membre d’Interpol dès 1961, la République de Chine (le nom officiel de Taïwan) ne fait plus partie de l’organisation internationale de police criminelle depuis 1984, date à laquelle a été remplacée par la République populaire de Chine, c’est-à-dire la Chine continentale, qui ne reconnaît pas Taiwan. D’après une source familière des réalités de l’île, la démocratisation de la République de Chine a entraîné un désir de plus en plus important des taïwanais d’être représentés sur la scène internationale. Entre 2008 et 2016, ils ont redoublé leurs efforts pour faire partie d’Interpol, profitant de l’amélioration des relations entre les deux rives du détroit. En vain. En 2016, l’organisation a même rejeté la demande des autorités taïwanaises de participer à nouveau aux assemblées en tant qu’observateur.

 

 

Pour l’Universiade, le métro de Taipei s’était mis au diapason de l’événement
©designboom.com

On ne peut que se réjouir que l’Universiade se soit déroulée sans accident majeur. Cependant, la présence de « filiales » de l’organisation Etat islamique et d’ Al-Qaïda dans le sud-ouest de l’Asie aurait pu être un danger pour les quelque 700 000 spectateurs rassemblés à Taipei.  À moins d’une semaine de l’assemblée générale 2017 d’Interpol à Pékin, il serait judicieux de se poser la question de ce rejet systématique. Le gouvernement taïwanais n’a pas non plus eu accès au projet « Stadia » de l’organisation, destiné à conseiller et à former les États hôtes d’une grande compétition sportive. Pourtant, l’île n’aurait-elle pas eu besoin d’un minimum d’information des polices internationales ?  De même, l’expertise des taïwanais en matière de sécurité ne pourrait-elle pas profiter aux pays membres d’Interpol ?

 

Une situation internationale compliquée

 

À noter que Taiwan est tout de même bien accueillie dans beaucoup d’organisations mondiales. L’île est membre, sous le nom de « Taipei chinois », de 37 organisations intergouvernementales comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Coopération économique en Asie-Pacifique (APEC), la Banque de développement asiatique et la Banque centraméricaine pour l’intégration économique. Elle a plusieurs fois été invitée à participer aux assemblées des Nations Unies en tant qu’observateur, et possède ce statut dans 21 autres organisations intergouvernementales comme la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, ou encore l’Organisation pour la coopération et le développement économique.
Le rejet de la République de Chine d’Interpol pose donc surtout un problème de sécurité. Heureusement, l’Universiade de Taipei a fait l’objet d’une coopération étroite avec les États-Unis et ses services de renseignement. Le gouvernement taïwanais a de nouveau demandé une autorisation de participation à la prochaine assemblée générale d’Interpol, demande compliquée par le fait que le président actuel de l’organisation, Meng Hongwei, est chinois.

 

Plus généralement, Taiwan semble aujourd’hui toujours bloquée par Pékin dans son désir de participation aux grandes organisations mondiales. En mai 2017, elle n’a pas pu assister à l’Assemblée mondiale de la santé qui se tenait à Genève. À New York, les journalistes taïwanais ne sont pas autorisés à couvrir eux-mêmes les réunions de l’ONU. Le gouvernement taïwanais va probablement continuer à rechercher le soutien de la communauté internationale, mais on ne sait pas dans quelle direction celle-ci se dirigera.

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